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Céline Jaulin-DauphinéAvocat · Médiateur

Patrimoine

Successions : hériter sans se déchirer.

Une succession arrive toujours au mauvais moment : dans le deuil. Elle oblige pourtant à prendre des décisions rapides et à s’entendre avec des proches dont on n’a pas toujours partagé les vues. Le droit pose un cadre ; l’avocat aide à le traverser.

Par Maître Céline Jaulin-Dauphiné, avocatMis à jour le 4 novembre 20262 min de lecture

I.Qui hérite ?

En l’absence de testament, la loi désigne les héritiers par ordre : d’abord les enfants et leurs descendants, puis les parents et les frères et sœurs, puis les autres ascendants, enfin les oncles, tantes et cousins. Le conjoint survivant a une place à part, qui varie selon la famille.

Les droits légaux du conjoint survivant
Situation familialeDroits du conjoint survivant
Enfants tous issus du coupleAu choix : l’usufruit de la totalité des biens, ou un quart en pleine propriété
Enfant(s) d’une autre unionUn quart en pleine propriété
Pas d’enfant, père et mère vivantsLa moitié des biens
Pas d’enfant, un seul parent vivantLes trois quarts des biens
Ni enfant, ni père ni mèreLa totalité des biens (sous réserve du droit de retour des frères et sœurs sur les biens de famille)

Le conjoint bénéficie en outre d’un droit de jouissance gratuite du logement pendant un an, puis, sauf volonté contraire du défunt exprimée par testament authentique, d’un droit viager d’habitation.

II.La réserve héréditaire

Les enfants sont héritiers réservataires : une part minimale du patrimoine leur est garantie, que ni testament ni donation ne peuvent leur retirer. Le reste constitue la quotité disponible, que l’on peut léguer librement.

Réserve et quotité disponible
Nombre d’enfantsRéserve des enfantsQuotité disponible
1 enfant1/21/2
2 enfants2/31/3
3 enfants ou plus3/41/4

Lorsqu’une donation ou un legs dépasse la quotité disponible, l’héritier lésé peut exercer une action en réduction. Les donations consenties de son vivant par le défunt à ses héritiers sont en outre, en principe, « rapportées » à la succession pour rétablir l’égalité.

III.Accepter ou renoncer

Chaque héritier dispose d’une option :

  • accepter purement et simplement : il recueille les biens, mais répond aussi des dettes, au besoin sur son patrimoine personnel ;
  • accepter à concurrence de l’actif net : il ne paie les dettes que dans la limite de ce qu’il reçoit ;
  • renoncer : il est censé n’avoir jamais été héritier.

L’héritier dispose de quatre mois pour réfléchir avant de pouvoir être sommé de choisir. La déclaration de succession doit être déposée dans les six mois du décès, lorsque le défunt est décédé en France.

Prudence avec les comptes du défunt et ses biens : certains actes valent acceptation tacite de la succession. Avant de vider un appartement ou de vendre un véhicule, demandez conseil si la succession risque d’être déficitaire.

IV.Le partage et ses conflits

Tant que la succession n’est pas partagée, les héritiers sont en indivision : les décisions importantes requièrent une majorité des deux tiers, voire l’unanimité. Le partage peut être amiable, devant notaire, ou judiciaire, lorsque les héritiers ne s’entendent pas.

Les conflits naissent le plus souvent de quelques questions récurrentes :

  • la valeur des biens, et notamment de la maison de famille ;
  • les donations reçues par l’un des enfants et le rapport à la succession ;
  • l’occupation d’un bien par l’un des héritiers, et l’indemnité qu’il doit ;
  • la validité d’un testament rédigé dans des conditions contestées ;
  • la dissimulation de biens, qui peut constituer un recel successoral.

Avant d’engager un partage judiciaire, qui prend souvent plusieurs années, une négociation structurée — éventuellement une médiation — permet bien des fois de préserver ce qui reste de liens familiaux.

Vos questions

Peut-on déshériter un enfant ?

Non. En droit français, les enfants sont héritiers réservataires : une part minimale de la succession leur est garantie. On peut seulement réduire leur part à la réserve, en léguant la quotité disponible à d’autres.

Le conjoint survivant peut-il rester dans le logement ?

Oui. Il dispose d’un droit de jouissance gratuite pendant un an, puis d’un droit viager d’habitation, sauf si le défunt l’en a privé par testament authentique.

Combien de temps faut-il pour régler une succession ?

Une succession simple et sans conflit se règle souvent en six mois à un an. Une succession conflictuelle, avec partage judiciaire, peut prendre plusieurs années.

Que faire si un héritier bloque la vente d’un bien ?

La vente d’un bien indivis suppose en principe l’accord de tous, mais une majorité des deux tiers peut, dans certaines conditions, demander au tribunal l’autorisation de vendre. À défaut, une action en partage judiciaire met fin à l’indivision.

Venez comme vous êtes. Nous commencerons par vous écouter.

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