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Céline Jaulin-DauphinéAvocat · Médiateur

Enfants

La pension alimentaire, sans détour.

La pension alimentaire — juridiquement, la contribution à l’entretien et à l’éducation de l’enfant — est un sujet de tension fréquent. Les règles sont pourtant assez claires. Les connaître permet souvent de désamorcer le conflit.

Par Maître Céline Jaulin-Dauphiné, avocatMis à jour le 4 novembre 20264 min de lecture

I.Le principe

Les deux parents doivent contribuer à l’entretien de leur enfant, chacun selon ses moyens. Après la séparation, cette contribution prend généralement la forme d’une pension mensuelle, versée par le parent chez qui l’enfant ne réside pas habituellement à celui qui l’accueille au quotidien.

Elle couvre les dépenses courantes : alimentation, logement, vêtements, scolarité, loisirs. Les frais exceptionnels — orthodontie, voyage scolaire, études supérieures, permis de conduire — peuvent être partagés en plus, selon une clé de répartition prévue à l’avance.

II.Comment est-elle calculée ?

Le juge apprécie les besoins de l’enfant et les ressources des deux parents. Pour l’aider, le ministère de la Justice a publié une table de référence, que la plupart des juridictions utilisent comme point de départ. Elle repose sur trois éléments :

  1. le revenu du parent débiteur, diminué d’un minimum vital égal au RSA pour une personne seule (651,69 € par mois depuis le 1er avril 2026) ;
  2. le nombre total d’enfants à sa charge, y compris ceux d’autres unions ;
  3. l’amplitude du droit de visite : réduit, classique, ou résidence alternée.
Table de référence — pourcentage du revenu (après déduction du RSA) par enfant
Enfants à chargeDroit de visite réduitDroit de visite classiqueRésidence alternée
1 enfant18 %13,5 %9 %
2 enfants15,5 %11,5 %7,8 %
3 enfants13,3 %10 %6,7 %
4 enfants11,7 %8,8 %5,9 %
5 enfants10,6 %8 %5,3 %
6 enfants9,5 %7,2 %4,8 %

Exemple. Un parent gagne 3 000 € nets par mois et a deux enfants, qu’il accueille un week-end sur deux et la moitié des vacances. La base de calcul est de 3 000 € moins le RSA, et le taux de 11,5 % par enfant : la pension indicative est d’environ 540 € par mois pour les deux enfants.

Notre simulateur fait ce calcul pour vous, avec le détail de chaque étape.

Le barème n’est qu’indicatif. Le juge peut s’en écarter, et le fait souvent : frais de garde importants, enfant scolarisé dans le privé, charges de logement exceptionnelles, ressources élevées du parent qui héberge. Un dossier bien documenté pèse bien davantage qu’un chiffre de barème.

III.Le versement par la CAF

Depuis le 1er janvier 2023, la pension fixée par un jugement ou une convention de divorce est en principe versée par l’intermédiaire de la CAF (ou de la MSA) : le parent débiteur paie la caisse, qui reverse la pension à l’autre parent. C’est l’intermédiation financière. Les parents peuvent y renoncer d’un commun accord, sauf en cas de violences.

Ce système a un avantage majeur : en cas d’impayé, la caisse engage elle-même le recouvrement et peut verser, sous conditions, une allocation de soutien familial au parent créancier.

IV.L’enfant majeur

La pension ne s’arrête pas automatiquement à 18 ans. Elle reste due tant que l’enfant n’est pas en mesure de subvenir seul à ses besoins : études, recherche d’un premier emploi, handicap. Elle peut alors être versée directement à l’enfant majeur, si le juge le décide ou si les parents en conviennent.

Le parent qui souhaite cesser de payer ne peut pas le faire de sa propre initiative : il doit obtenir l’accord de l’autre parent ou saisir le juge, en démontrant que l’enfant est devenu autonome ou qu’il ne justifie pas de ses études.

V.Réviser la pension

La pension est revalorisée chaque année selon l’indice prévu par la décision. Elle peut en outre être modifiée en cas d’élément nouveau : perte d’emploi, naissance d’un autre enfant, changement de résidence de l’enfant, hausse importante des besoins. La révision se fait d’un commun accord, puis homologation, ou en saisissant le juge aux affaires familiales. Tant qu’une nouvelle décision n’est pas rendue, l’ancienne reste due.

VI.Les impayés

Face à une pension impayée, plusieurs voies existent, du plus simple au plus contraignant : recouvrement par l’ARIPA, paiement direct par l’employeur du débiteur mis en œuvre par un commissaire de justice, saisie sur salaire ou sur compte. Le non-paiement pendant plus de deux mois constitue en outre le délit d’abandon de famille.

VII.Les impôts

  • Pour un enfant mineur en résidence habituelle chez l’autre parent, la pension est déductible des revenus de celui qui la verse et imposable pour celui qui la reçoit.
  • Pour un enfant majeur, elle est déductible dans la limite d’un plafond revalorisé chaque année, à condition que l’enfant ne soit pas rattaché au foyer fiscal du parent qui verse.
  • En résidence alternée, la pension n’est en principe pas déductible, puisque chaque parent bénéficie d’une demi-part.

Vos questions

Quel est le montant moyen d’une pension alimentaire ?

Il n’existe pas de « bon » montant moyen : tout dépend des revenus et du nombre d’enfants. Le barème du ministère de la Justice donne un ordre de grandeur pour votre situation, que notre simulateur calcule instantanément.

Peut-on fixer une pension alimentaire à l’amiable, sans juge ?

Oui. Les parents peuvent s’accorder par écrit. Mais pour que l’accord soit exécutoire et que la CAF puisse intervenir en cas d’impayé, il doit être homologué par le juge, figurer dans une convention de divorce, ou faire l’objet d’un titre délivré par la CAF pour les parents non mariés.

Je suis au chômage : puis-je arrêter de payer ?

Non, jamais de votre propre initiative. Vous devez obtenir l’accord de l’autre parent ou saisir le juge pour demander une diminution. Tant qu’une nouvelle décision n’est pas rendue, l’ancien montant reste dû.

Jusqu’à quel âge verse-t-on une pension alimentaire ?

Aucun âge limite n’est fixé. La pension est due tant que l’enfant n’est pas autonome financièrement : elle continue souvent pendant les études supérieures.

La pension alimentaire est-elle revalorisée chaque année ?

Oui, en principe, selon l’indice des prix à la consommation, à la date anniversaire prévue par la décision. Lorsque la CAF assure l’intermédiation, elle calcule elle-même la revalorisation.

Venez comme vous êtes. Nous commencerons par vous écouter.

Un premier rendez-vous au cabinet, rue de Londres, pour comprendre votre situation, éclairer vos droits et choisir ensemble le chemin le plus juste.